back-arrow 9 September 2025

Prévention du suicide : le lieu de travail aussi joue un rôle clé

Cinq. C’est le nombre de Belges qui se donnent la mort chaque jour. 70 % d’entre eux sont actifs professionnellement. Le suicide constitue donc non seulement une tragédie personnelle, mais aussi un défi pour les employeurs et les collègues. À l’occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, Cohezio invite à briser le tabou.

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En quoi le lieu de travail joue-t-il un rôle clé ?

Des études montrent que le contexte de travail peut être soit un facteur de protection, soit un facteur de risque. Une culture de travail négative, une charge de travail élevée ou un manque de soutien augmentent la vulnérabilité. En revanche, une équipe engagée, un supérieur hiérarchique à l’écoute et un soutien accessible peuvent sauver des vies.

 

La ligne d’écoute’ (du Centre de Prévention du Suicide) avance ainsi quatre stratégies qui ont fait leurs preuves :

  1. Créer un lieu de travail sûr et sain : en étant attentif au bien-être, à l’équilibre et à l’ouverture.
  2. Offrir une aide et une réorientation facilement accessibles : afin que les travailleurs sachent à qui s’adresser.
  3. Former les personnes clés : managers, RH, conseillers en prévention… ce sont souvent eux qui sont les premières personnes à détecter les signaux.
  4. Sécuriser le lieu de travail en matière de risque de suicide : limiter l’accès aux dispositifs et substances mortels, et prévoir des procédures claires.

 

Nos conseillers en prévention aspects psychosociaux sont également parfois amenés à intervenir auprès d’équipes qui sont totalement désemparées suite à un décès par suicide survenu sur le lieu de travail. C’est notamment le cas de Naomi Dhollander, conseillère en prévention adjointe aspects psychosociaux chez Cohezio. Elle plaide en faveur de directives claires et d’un soutien au personnel.

« Lorsque des collaborateurs découvrent un suicide, ils se retrouvent souvent en proie à l’incertitude : peut-on pratiquer la réanimation, que peut-on ou doit-on faire ? En l’absence de directives claires, le chaos s’installe, précisément à un moment où sécurité et clarté sont cruciales. »

 

Faire son deuil et aller de l’avant

Lorsqu’un suicide se produit sur le lieu de travail, cela crée une onde de choc. La brochure « Faire son deuil sur le lieu de travail » (‘Rouwen op de werkvloer’) du groupe de travail flamand ‘Verder’ offre aux employeurs et aux RH des outils concrets pour reconnaître le deuil, appliquer un protocole et soutenir les collaborateurs. La manière dont une organisation gère le décès d’un collègue est en effet un des facteurs qui déterminent la façon dont les équipes retrouveront confiance et stabilité.

 

« Lorsqu’une entreprise nous contacte pour offrir un soutien aux travailleurs confrontés à ce drame, c’est souvent dans l’urgence, dans le chaos des premières heures. Un tel événement provoque souvent des bouleversements émotionnels, tant pour les individus que pour l’employeur. Notre rôle est alors d’accompagner l’employeur à avoir une réaction humaine, respectueuse et structurée. L’absence de réaction de la part de l’organisation reviendrait à ne pas reconnaître le travailleur décédé et à banaliser le suicide », explique Hélène Adam, conseillère en prévention aspects psychosociaux chez Cohezio.

 

Selon Naomi Dhollander, l’accompagnement, ainsi qu’une proximité et un soutien personnalisés sont essentiels.

« Un suicide pendant les heures de travail laisse des traces profondes. Souvent, le travail continue comme si de rien n’était. Mais les collaborateurs peuvent être en état de choc, ce qui compromet leur sécurité et celle de leur entourage. Il est essentiel que les responsables hiérarchiques prévoient un soutien immédiat, même en dehors des heures de bureau. »

 

Vers une politique de prévention durable

Mener une action ponctuelle, ce n’est pas suffisant. Il convient d’établir une politique adéquate de prévention comprenant des accords clairs pour faire face à quatre situations :

  • la détection précoce des signaux,
  • une menace grave,
  • l’après-tentative de suicide,
  • l’après-décès par suicide.

 

Les conditions requises sont les suivantes : une base de soutien suffisante, la formation, l’intégration dans la politique générale de bien-être et une évaluation régulière. Les organisations peuvent obtenir un soutien en la matière, notamment auprès du Centre de Prévention du Suicide.

 

Briser ensemble le tabou, sauver ensemble des vies

Cette année, le thème de la Journée mondiale de la prévention du suicide est #StartTheConversation. Au travail aussi, cela peut passer par de petites actions : un déjeuner d’information, une sensibilisation en interne, un témoignage ou simplement une discussion ouverte. Ce sont des signaux qui donneront aux travailleurs le sentiment d’être vus et entendus.

 

« La première étape cruciale est la manière dont l’entreprise communique la nouvelle. Nous recommandons de le faire avec tact, en concertation avec les proches. Il est important de nommer les faits et de ne pas passer le suicide sous silence, tout en respectant la dignité du défunt », poursuit Hélène Adam.

 

« Le processus de deuil est différent pour chacun : certains collègues continuent à fonctionner de manière rationnelle, d’autres ont besoin de temps pour faire leur deuil. Il est important que les employeurs respectent ces principes, tout en restant attentifs aux signaux tels que la perte de concentration ou les comportements d’évitement. La prévention consiste également à normaliser les sentiments et à offrir un cadre sûr pour reprendre le travail », ajoute Naomi Dhollander.

 

Le dialogue doit occuper une place centrale

La prévention du suicide sur le lieu de travail, c’est plus que des chiffres, cela concerne avant tout des personnes. Un collègue qui se sent vu, un supérieur qui ose demander comment ça va vraiment, ou une organisation qui mène une politique claire : cela peut littéralement faire la différence entre la vie et la mort. C’est également ce qu’Hélène Adam remarque.

 

« Trop souvent, nous n’intervenons qu’après un suicide, dans le cadre de la « postvention ». Mais mon souhait le plus cher est d’agir plus tôt. Former les équipes, créer une culture de l’écoute et humaniser l’organisation : voilà des démarches qui peuvent réellement réduire le risque de suicide. »

 

« Après un événement dramatique, il est essentiel d’ouvrir le dialogue : quels signaux avons-nous manqués, que pouvons-nous apprendre, comment réduire l’impact à l’avenir ? Non pas pour nourrir des sentiments de culpabilité, mais pour devenir une organisation plus forte et plus vigilante », conclut Naomi Dhollander.

Conclusion

Chaque suicide est un suicide de trop. Les employeurs, les conseillers en prévention et les collaborateurs peuvent signaler les problèmes, créer du lien et accompagner de manière préventive. Ensemble, créons un lieu de travail où chacun est écouté et aidé.

 

Article rédigé en collaboration avec le Centre de prévention du suicide
et nos conseillères en prévention Hélène Adam et Naomi Dhollander de Cohezio.